Infographie : la mauvaise utilisation de l’épargne salariale

 

L’épargne salariale, notamment PEE et Perco, est un ensemble de dispositifs très avantageux pour les salariés comme pour leurs employeurs. En effet, les sommes versées sur un PEE ou un Perco sont bloquées pendant un certain temps, mais elles ne sont pas soumises à l’impôt ni aux charges sociales et seulement à la CSG et à la CRDS. Les salariés peuvent également alimenter leur compte avec leur épargne propre, mais dans ce cas ils doivent payer l’impôt sur le revenu et les charges sociales. Dans tous les cas, dès lors qu’ils sont réinvestis dans le plan, les revenus des titres détenus sur celui-ci sont uniquement soumis à la CSG et à la CRDS. De plus, l’employeur peut abonder jusqu’à hauteur de 300% les versements effectués par les salariés, quand ceux-ci proviennent de l’intéressement ou de leur épargne propre. Les sommes versées par le biais de l’abondement sont uniquement assujetties à la CSG et à la CRDS pour les salariés et sont déductibles de l’impôt sur les sociétés pour l’employeur, en plus d’être uniquement soumis à un forfait social qui permet à celui-ci de payer environ deux fois moins de charges que sur un salaire. Celui-ci procure donc à travers ce dispositif un plus grand bénéfice à ses employés pour un moindre coût.

En dépit de ses avantages, l’épargne salariale est peu et mal utilisée. D’abord, seulement 60% des sommes perçues par les salariés au titre de l’intéressement sont versées sur des plans d’épargne salariale, ce qui veut dire que les salariés paient souvent l’impôt sur le revenu et les charges sociales sur l’intéressement alors qu’ils pourraient l’éviter. Par ailleurs, seuls 20% des salariés qui bénéficient d’un plan d’épargne salariale font des versements volontaires dessus, passant donc souvent à coté de l’abondement dont ils pourraient bénéficier. De plus, même quand ils utilisent leur plan d’épargne salariale, les salariés font souvent des mauvais choix de placement. Ainsi, environ un tiers de l’encours de l’épargne salariale est placée sur des fonds monétaires, alors même que 100% de ces derniers ont un rendement négatif. Certes, ces fonds présentent un risque quasi-nul, mais on peut malgré tout douter qu’autant de gens choisiraient ce type de placements s’ils avaient conscience de leur rendement et des alternatives.

Il y a plusieurs explications à cet état de fait. D’abord, les Français ont des connaissances financières très insuffisantes, puisque seulement 31% d’entre eux et 35% des actifs ayant un emploi maîtrisent les concepts financiers de base que sont les intérêts composés, l’inflation et la relation entre diversification et risque. D’autre part, d’après une étude de l’AMF, 62% des détenteurs d’épargne salariale ne connaissent pas bien son fonctionnement. Ces deux facteurs contribuent sans doute à expliquer pourquoi tant de bénéficiaires de l’épargne salariale n’en font pas usage ou l’utilisent mal. Un grand nombre de ces derniers ont d’ailleurs conscience de l’insuffisance de leurs connaissances, puisque 39% d’entre eux déclarent avoir besoin d’aide pour utiliser leur épargne salariale. Compte tenu des chiffres qui viennent d’être évoqués sur la faiblesse des connaissances financières des Français, il semble d’ailleurs probable qu’en réalité beaucoup d’entre eux n’ont pas conscience de l’insuffisance de leurs connaissances. En effet, quand on sait que seulement 35% des actifs ayant un emploi sont capables de répondre correctement à des questions de culture financière élémentaires, il paraît douteux qu’il ne soit que 39% à avoir besoin de conseils pour gérer leur épargne salariale.

La conséquence de cette mauvaise utilisation de l’épargne salariale est un manque à gagner important pour les salariés. En effet, prenons le cas où l’entreprise verse 1 000€ d’intéressement à ses employés, puis contrastons la situation d’un salarié qui utilise cette somme de manière typique avec celle d’un salarié qui l’utilise de manière plus optimale. Le premier ne verse que 60% de cette somme sur son plan d’épargne salariale qu’il place et perçoit directement le reste. Il place 1/3 de la somme qu’il verse sur son plan d’épargne salariale sur des fonds monétaires qui ont un rendement de -0,3% et 2/3 sur des fonds diversifiés qui lui rapportent 2,5%. Il paie donc non seulement la CSG sur les 40% qu’il ne verse pas sur son plan d’épargne salariale, mais également l’impôt sur le revenu, donc en supposant qu’il est taxé au taux marginal de 30%, il lui restera 783€ après fiscalité et au bout de 5 ans il aura tiré 826€ de son intéressement. Le second verse l’ensemble de la somme sur son plan d’épargne salariale et choisit des placements qui lui assure un rendement de 3,5%. Grâce à l’exonération d’impôt sur le revenu, il ne paie que la CSG et il lui restera donc 903€ après ça, qui donneront 1072€ au bout de 5 ans, soit environ 30% de plus que l’autre salarié. Bien sûr, il est impossible de définir une utilisation « optimale » de l’intéressement et de l’épargne salariale indépendamment des besoins, préférences, etc. des individus concernés, mais ce calcul donne un ordre de grandeur des gains que l’on peut espérer d’une meilleure utilisation de ces dispositifs.

SOURCES

  • DARES, « Participation, intéressement et épargne salariale en 2016 », DARES résultats, N°40, 2018
  • AMF, « Les actifs salariés et l’épargne salariale », Aout 2016
  • Eres, « Les encours et la performance des fonds d’épargne salariale monétaires continuent à baisser », Mars 2018
  • Luc Arrondel, Majdi Debbich et Frédérique Savignac, « Financial Literacy and Financial Planning in France », Numeracy, Volume 6, Issue 2, 2013
 
Publié dans Valeur du conseil.

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